Analyses

Les nouveaux territoires de transmission du savoir

LEILAC_pequeLes nouveaux territoires de transmission du savoir, par Laura Garcia Vitoria, Le Monde 08/06/2011

Bien qu’il soit relativement récent, le concept de «ville apprenante» se trouve au cœur d’un nombre croissant de stratégies de développement économique et il est plus que probable qu’il soit la caractéristique première de la cité du futur et de son capital humain…

Parmi les grandes réflexions prospectives de notre temps, celles relatives aux cadres du travail de demain constituent aujourd’hui une composante majeure, tant elles interrogent ce que sera l’entreprise en réseau des décennies à venir, ce qu’en seront les métiers et donc les formations qui y donneront accès – en particulier les technologies de l’information et de la connaissance qui en constitueront l’axe central.

Mais se voit aussi interrogé le rôle des collectivités locales et des nouveaux environnements territoriaux qui y joueront leur attractivité et leur compétitivité : le grand enjeu sera bien celui des nouveaux rapports entre entreprises et d’avantage encore, entre entreprises et territoires, où édiles et acteurs économiques seront au quotidien les co-créateurs d’une économie du savoir, où les uns et les autres auront à œuvrer ensemble pour créer des marchés, mais aussi, donner à connaître et à comprendre.

Bien qu’il soit relativement récent, le concept de «ville apprenante» – issu des théories sur les systèmes d’innovation – se trouve au cœur d’un nombre croissant de stratégies de développement économique et il est plus que probable qu’il soit la caractéristique première de la cité du futur et de son capital humain, social et immatériel.

Travailler demain, c’est donc d’abord et avant tout apprendre en temps réel, savoir utiliser les outils les plus pertinents pour avoir accès aux informations rendues disponibles par le territoire, autant que par les entreprises, au travers d’un apprentissage collectif reposant sur l’échange continu d’informations sur les produits, les processus, les services tout comme les méthodes d’organisation du travail.

C’est dire l’attention portée de plus en plus dans les années à venir aux « travailleurs du savoir » et à la main d’oeuvre créative, ouverte à toutes les formes d’interdisciplinarité, permettant au travail de demain de s’insérer dans une économie du lien où un secteur ne sera pas à priori plus important qu’un autre, mais où l’essentiel sera bien le lien unissant deux ou plusieurs pôles de compétences ou d’activités.

Le territoire se fera également éducateur au service de l’ensemble de ses habitants, ainsi qu’au travers des ressources qu’il mettra à la disposition de ceux qui y habitent et qui y travaillent, de l’ouverture de ses données donc, et de l’attention portée aux applications qui vont les exploiter et à la pertinence des services qui vont les accompagner.

LA FIN DES MONOPOLE DE LA CONNAISSANCE
Dans la société du savoir et dans le microcosme d’une région apprenante, aucune institution ne détiendra plus le monopole de la connaissance : les établissements d’enseignement et de formation devront ainsi s’efforcer d’établir de nouveaux partenariats avec d’autres institutions cognitives où le personnel des entreprises sera omniprésent, recevant et transmettant tour à tour ses savoirs.
Même si les stratégies des villes apprenantes ne s’attaquent pas directement aujourd’hui aux problèmes immédiats de chômage, elles pourront enclencher une dynamique qui contribuera indirectement à les résoudre.

Qu’il s’agisse du responsable affiliation s’occupant de la mise en place de partenariats entre le site de son entreprise et ceux évoquant l’offre auprès de leurs visiteurs, du M. marketer chargé de gérer les actions marketing liées au téléphone portable, de l’e-mail marketer attaché à définir la stratégie e-mailing de l’entreprise et à la faire évoluer, du responsable e-CRM et ses stratégies relationnelles, du digital planner et de sa capacité à analyser ses nouvelles tendances ou encore du responsable web analytics et son analyse du comportement et des habitudes des internautes, du référenceur et bien sûr de l’incontournable community manager chargé d’intervenir de manière plus ou moins proactive ou réactive sur les médias sociaux, nous percevons aujourd’hui quels seront les métiers de demain.

La mise en synergie à l’échelle européenne et internationale de ces métiers et de ces formations fait aujourd’hui l’objet du réseau ProInterNet, issu du programme européen Leonardo da Vinci, destiné à multiplier les collaborations entre des grandes institutions internationales et des décideurs économiques : il permet à tous ceux qui réfléchissent sur leur avenir professionnel d’avoir une meilleure visibilité au travers d’outils.

DES LABORATOIRES VIVANTS POUR DES TERRITOIRES INNOVANTS
Par ailleurs, le laboratoire vivant (Living Lab) développé récemment par le CNED en partenariat avec la Fondation des territoires de demain – parallèlement au Living Lab des Territoires de demain –  porte un nouveau regard sur les possibilités d’éducation enrichie qui se développent sous nos yeux et imagine ce que seront les savoirs mobilisés pour le travail de demain. Ce sera aussi la mission de l’école européenne des métiers de l’Internet, inaugurée en ce début juin, au Palais Brongniart.

Au-delà des applications sur nos smartphones qui nous permettent de rédiger et lire en temps réel, le travail de demain s’ancre également dans la mutation de nos perceptions spatio-temporelles rendant sans objet nos anciennes habitudes relatives aux espaces de travail et à leur dimensionnement horaire, de même d’ailleurs que nos schémas culturels et mentaux, de manière générale.

Mais, précisément, cette interconnexion planétaire de nos futures activités économiques n’enlève rien aux avantages à RELAI_peque_nouvopérer à l’intérieur de marchés du travail avec des limites géographiques précises, et à adhérer à un même ensemble de conventions, de valeurs et de normes régionales. Bien plus, il devient essentiel d’être en relation étroite avec les fournisseurs, les consommateurs et même les concurrents : le territoire devient l’élément essentiel de «l’architecture de l’offre» de l’entreprise, en plus du dynamisme issu de la proximité géographique des partenaires permettant interactions fréquentes et échanges d’information informels.

C’est tout l’enjeu là encore des laboratoires vivants se donnant pour mission d’accompagner jusqu’en interne les entreprises qui entendent analyser les mécanismes et les défis destinés à leur donner un avenir : grâce à eux notamment, l’entreprise et le travail des années à venir se construit sous nos yeux, il est urgent que nous participions tous à les co-construire.

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