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O. FARON (CNAM) : «L’inventivité doit trouver des lieux pour s’exprimer» *

Olivier_FaronOlivier Faron, président du Cnam. © Jgp

Olivier Faron, administrateur général du Cnam (conservatoire national des arts et métiers), décrit comment l’établissement place le développement de l’innovation au cœur de ses projets. Le conservatoire lancera un incubateur, qui accueillera à terme une dizaine d’entreprises.

Comment le Cnam peut-il s’affirmer comme un acteur du Grand Paris de l’Innovation?

Fondée en 1794, notre école a une grande tradition d’innovation – y compris pédagogique -, mais aussi de transmission de l’innovation vers un public très large : c’est la vocation de notre musée (le Musée des arts et métiers), mais aussi de nos formations, qui s’adressent à des auditeurs déjà insérés dans le monde du travail : ceux-ci peuvent donc s’approprier directement nos outils.

Cette vocation est reconnue, puisque nous avons été sollicités pour contribuer au pitch qui soutient le dossier de candidature de Paris à l’exposition universelle de 2025. Et nous développons depuis plusieurs années des partenariats avec des acteurs qui poussent à l’innovation. Nous avons ainsi reçu le Grand concours national de l’innovation en 2014, et nous venons d’accueillir les innovateurs venus de l’armée récompensés par le Prix de l’audace du ministère de la Défense.

Comment comptez-vous concrétiser votre rôle dans la métropole du Grand Paris?

Nous développons les lieux tournés vers l’innovation et, si possible, ouverts vers l’extérieur. Et qui correspondant à notre public, très particulier, puisque nos auditeurs sont déjà dans la vie active. Ils ont besoin de lieux pour exprimer leur inventivité. Nous venons ainsi de lancer un incubateur, qui accueillera à terme une dizaine d’entreprises, et pour lequel nous avons reçu l’aide de la ville de Paris et de la Région.

Nous espérons qu’il pourra être hébergé dans la Halle Freyssinet pour laquelle nous avons déposé un dossier de candidature. Cet incubateur n’a pas une vocation thématique particulière. En revanche, nous soutenons les projets ayant un lien avec une personne ou un laboratoire du Cnam.

Nous allons aussi bientôt lancer un fablab. Mais un Fabula à la sauce « canadienne » : il fera le lien entre l’industrie d’hier et celle de demain (cf. encadré). Nous n’avons pas encore décidé s’il sera installé dans nos locaux historiques à Arts et métiers, ou dans ceux de Saint-Denis.

Vous allez également lancer un «lab des labs»: de quoi s’agit-il? 

L’innovation change de nature et devient de plus en plus collaborative. Elle se construit, sur les territoires, dans des lieux comme l’Ecole 42, la Paillasse, le Loop, l’institut du Bitcoin, etc. Des lieux où l’on parvient à mobiliser l’intelligence collective souvent sans hiérarchie, sans coordination, mais avec une énorme motivation. Et sous une forme qui correspond bien à l’innovation frugale, et de « terrain » qui peut être celle de nos auditeurs.

Nous avons mis en place il y a quelques années une formation de management de l’innovation collaborative pour former des cadres capables de comprendre, d’animer et développer ce nouveau type d’innovation. Mais nous allons désormais passer à la vitesse supérieure en créant un « lab de lab » : autrement dit un laboratoire qui réfléchit à la façon dont l’intelligence collective, sur un territoire, peut favoriser l’innovation. Car si cette nouvelle forme d’innovation s’est développée spontanément, c’est peut-être aussi parce que les stratégies et politiques n’ont pas suivi le mouvement assez vite.

Qu’attendez-vous de la nouvelle organisation du territoire métropolitain?

Nous espérons surtout de plus grandes collaborations, et moins de compétition, parfois aveugle, entre établissements voisins, mais ne relevant pas de la même tutelle. Nous aurions tous beaucoup à gagner, ne serait-ce que dans ce quartier, à travailler plus souvent ensemble. À vrai dire, on ne peut faire que mieux!

Quand l’histoire rencontre l’industrie 4.0

«Bien sûr, nous aurons des imprimantes 3D et tous les équipements numériques qui caractérisent un Fabula traditionnel!», assure Jérôme Dupire, maître de conférence en informatique et responsable du projet de fablab du Cnam. «Mais notre fablab sera aussi équipé de machines anciennes, ou actuelles, sur lesquelles on pourra également produire! Cela permettra de présenter, dans un esprit très «cnamien», la complémentarité entre les nouvelles technologies de production, et les anciennes. Autre particularité : celui qui fréquentera notre fablab – auditeur du Cnam ou visiteur externe – pourra trouver à quelques mètres des formateurs et des chercheurs, puisque notre fablab se trouvera en connexion direct avec nos labos.» Le fablab du Cnam a déjà trouvé son petit nom : Cnamlab.

Pour que l’innovation collaborative prospère

«Quand on pense que La Paillasse – un laboratoire de biologie qui squattait naguère en banlieue – a obtenu des financements de la Nasa, il est indispensable de réfléchir à la meilleure façon de développer ce nouveau type d’innovation!» Enseignant dans le cursus «management de l’innovation collaborative », Lionel Roure a visité, ces trois dernières années, une cinquantaine de ces nouveaux lieux d’innovation dans Paris et le Grand Paris. Mais beaucoup ne savent pas toujours sur quoi travaille et, surtout, comment travaille leur voisin. Comment, donc, créer des écosystèmes locaux innovants? Comment, aussi, insuffler ces nouvelles formes d’innovation à un nombre croissant d’acteurs et de structures, transférer les bonnes pratiques? Tel sera l’objet du futur «lab des labs» du Cnam, qui pourrait voir le jour dans les mois qui viennent. Il comportera une partie recherche sur ces nouvelles formes d’innovation, et une partie formation.

*Interview réalisée par Le Journal du Grand Paris avec le concours d’André Loechel, président de la Fondation des Territoires de Demain

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