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Le paradigme d’Independencias

image005Intervention d’André Jean Marc Loechel

Programa del 8 de enero de 2014

Conferencia internacional en la ciudad de Independencias (Chile)

 

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Maire d’Independencias,
Monsieur le responsable des relations internationales de la ville,
Chers collègues

Je suis particulièrement heureux de contribuer, au travers de cette brève conférence, à la clôture de cette première journée de votre cycle de séminaires internationaux sur un thème dont certains d’entre vous savent combien il nous tient à cœur à la Fondation des Territoires de Demain, celui des territoires sans frontières.

Introduction
L’innovation ouverte et de rupture qui les sous-tend apparaît aujourd’hui comme un profond processus de fabrication et de mutation territoriale.
Ceci explique que c’est d’abord là – dans les diverses formulations et traductions de l’innovation ouverte que nous évoquerons successivement ici – que le concept même de territoire sans frontières marque toute sa pertinence: d’abord parce qu’elle sépare moins qu’elle ne réunit.
Ensuite, parce qu’elle symbolise une mutation culturelle majeure en mettant fin à la catégorisation des savoirs et des activités: l’innovation naît d’abord de nouveaux  liens entre champs de connaissances.
La vie des territoires se met ainsi à illustrer au quotidien, dans tous les domaines, de telles rencontres entre les connaissances et entre les porteurs de ces connaissances qui ainsi ont tous l’opportunité de transcender les frontières thématiques, géographiques, chronologiques.
C’est donc une nouvelle citoyenneté qui voit le jour, où le citoyen se définit par les connaissances dont il est le porteur et les réalisations qui sont issues de leur mutualisation et de leur mise en œuvre.
Et c’est là le défi premier de la gestion des territoires de demain, mettre en contact ce qui ne l’est pas et donner aux habitants par là-même des opportunités auxquelles ils n’avaient même pas songé !
De ces démarches précisément d’espaces de l’innovation – quelle que soit l’ampleur -, Independencias constitue aujourd’hui un véritable paradigme. C’est de ce paradigme – tel du moins que je le perçois depuis Paris – que je souhaite présentement m’entretenir brièvement avec vous en envisageant successivement les trois niveaux majeurs de sa déclinaison.

I – LA STRATEGIE DE MADRID
1.1    – Il y a, en mai prochain, quatre ans qu’ont été signés les Accords de Madrid: rappelons que ces Accords étaient destinés à esquisser l’une des démarches qui sera probablement l’une des plus ambitieuses de ce siècle: la création d’un même espace d’innovation entre l’Europe et l’Amérique latine.
Basée sur une vraie vision géo-économique des années vingt et trente de ce siècle, il s’agissait surtout d’élaborer une stratégie d’intelligence territoriale.
La Déclaration de Madrid, suite au 6e sommet UE-ALC, date du 18 mai 2010 et était intitulée « Vers une nouvelle étape dans l’association bi-régionale : l’innovation et la technologie en faveur du développement durable et de l’inclusion sociale ». Un objectif générique certes, mais l’intention y était !
La prochaine réunion de haut niveau qui se tiendra à San José (Costa Rica) aura à en rappeler tout le cheminement, mais aussi les déclinaisons futures.
1.2 – Cette démarche rejoint largement nos diverses stratégies nationales: priorité à l’Amérique latine pour la diplomatie française, mais aussi chantier pour une nouvelle diplomatie économique au sein de laquelle les espaces d’innovations auront toute leur place, au sein notamment de projets comme ceux des maisons françaises du numérique récemment évoqués et suggérés par un rapport de la Caisse des Dépôts.
1.3 – De la coopération décentralisée au «crowdsourcing» de tous les acteurs: les porteurs de projets s’emparent de ce qui est vécu comme un nouveau cadre de travail.

2 – DES QUARTIERS NUMERIQUES AUX VALLEES DE L’INNOVATION
2.1 – Ces dernières semaines ont marqué les débuts de construction en France d’une quinzaine de projets de quartiers numériques (ou de réseaux d’espaces numériques), en fait d’avantage, mais une quinzaine seulement feront l’objet d’un apport financier de l’Etat, certaines collectivités territoriales présentant plusieurs projets): l’initiative est dénommée «French Tech».
Deux d’entre eux regardent plus précisément vers Santiago et Independencias: Saint Mandé dans le cadre du Grand Paris, mais aussi la région de l’Auvergne qui est dans les années qui viennent la région d’observation par excellence des usages permis par les infrastructures haut débit qui vont en caractériser le quotidien aussi bien économique que culturel.
2.2 – «Start-up Chile»   illustre au Chili une première étape de la création d’une véritable vallée de l’innovation et nous avons eu l’occasion de suivre cette initiative.
On rappellera à nos collègues non chiliens qu’ont été sélectionnés chaque année 100 jeunes pousses, mais s’étaient présentés 600 candidats en 2010 et 1 500 en 2012  . L’initiative commence à porter ses fruits: 35 start-up sélectionnées en 2010 ont réussi à obtenir 14 millions de dollars d’investissements privés. «Start-up Chile» a contribué à créer plus de 400 emplois dont la moitié sont allés à des chiliens.
Santiago peut aujourd’hui devenir le nouvel eldorado de l’entreprenariat en Amérique Latine, mais il est vrai qu’il faudra aller probablement plus loin en termes de méthodes et d’objectifs de collaboration, comme le montrent par exemple les districts technologiques de Buenos-Aires ou encore la volonté de villes comme Rosario de se transformer en villes de la connaissance.
2.3 – Les «Territoires de Demain» sont donc en tout premier lieu construits et développés comme des outils d’attractivité où des flux cognitifs confortent sur la «Tech List» mondiale les pôles de compétences qui leur donnent tout leur sens et notamment les clefs de leur développement.
Notre Label a ainsi tout naturellement été remis à Independencias qui fait ainsi partie aujourd’hui de la grande famille des Territoires de Demain et j’aurai le plaisir d’en rencontrer en mars prochain à l’occasion de la semaine française les différents acteurs.
Qu’est-ce pour nous un territoire de demain ? Quels sont les caractéristiques de ses objectifs d’aujourd’hui et de sa gestion de demain pour lesquelles la Fondation accompagne les collectivités territoriales qui le souhaitent?
1. LE TERRITOIRE LUI-MEME
1.1. La cartographie des compétences du territoire
1.2. Les flux et échanges territoriaux de savoirs et de connaissances
1.3. L’économie locale des liens: le territoire et ses partenaires locaux, régionaux et nationaux
1.4. La coopération décentralisée et ses objectifs thématiques à l’échelle internationale
2. LA SOCIETE CIVILE: LA PLACE DU CITOYEN DANS LE PROCESSUS D’INNOVATION
2.1. La carte des infrastructures, des lieux d’innovation dédiés aux citoyens et des nouveaux lieux d’accès aux réseaux
2.2. Les lieux dédiés à l’accompagnement des projets de la société civile
2.3. Les lieux consacrés aux réflexions partagées entre chercheurs et entreprises sur le futur de leur territoire
2.4. Les laboratoires vivants existants ou en voie de création
3. LES ENTREPRISES ET LEUR MISE EN RÉSEAU
3.1. Les techno parcs et parcs scientifiques
3.2. Les grappes d’entreprise et leurs structures d’accompagnement (plateformes, outils de géolocalisation)
3.3. Les stratégies de création d’entreprises et le développement de nouveaux emplois, les incubateurs, les pépinières et leur mise en réseau
3.4. Les clusters et la clustérisassions des territoires
4. LA RECHERCHE ET LES UNIVERSITÉS
4.1. La carte des lieux d’éducation, de formation et de recherche, les universités privées et publiques
4.2. La recherche et les études sur le territoire et son futur, sur l’innovation incrémentale, l’innovation ouverte et l’économie de la connaissance
4.3. Les relations entre les universités, les centres de formation et le tissu entrepreneurial.
4.4. Les relations entre les acteurs territoriaux, les mairies et les organisations régionales et nationales.

III – LES LABORATOIRES D’USAGES
1 – Les Living Labs se veulent d’abord emblématiques des écosystèmes qu’ils contribuent à créer et à enrichir au travers de la mise en contact des entreprises innovantes avec les marchés locaux aussi bien qu’internationaux. Ceci, on le sait, grâce aux profils territoriaux qu’ils contribuent à rapprocher, qu’il s’agisse des porteurs de projets, des chercheurs et surtout des acteurs de la société civile (usagers, clients et acheteurs, habitants, élus locaux…). Sans espaces d’usages et de démonstration par exemple, il n’aura pas en France de financement d’un quartier ou d’un réseau d’espaces numériques !
2    – Ils illustrent les nouvelles pratiques collaboratives et le Laboratoire vivant d’Independencias, en développant ses acticités sur trois pays, nous apparait là encore comme un véritable paradigme !
3 – La mise en réseau des laboratoires d’usages est donc indispensable, d’où le rôle en France du réseau du RELAI et, pour ce qui est de la collaboration entre nos deux continents, du réseau LEILAC. Positionné à Independencias, celui-ci est l’illustration même des mécanismes à l’œuvre sur nos territoires, qu’il s’agisse par excellence des grands espaces internationaux, qu’il s’agisse de lieux dédiés au numérique et à l’innovation ou encore bien sûr de Laboratoires vivants, LEILAC est l’outil par excellence des territoires sans frontières.

Conclusion
A l’échelle de l’ensemble de ces constructions territoriales, on se joue en effet des frontières: on mutualise, on croise les possibilités et les opportunités ! Tant il est vrai que les territoires innovants sont naturellement sans frontières ! Et c’est là, on s’en doutait, la clef du paradigme de ce jour !…

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